Une crise, trois situations différentes
Derrière le mot « crise », il y a trois situations : la poussée sans caillot, la thrombose, et l’hémorroïde interne qui sort. Elles ne font pas aussi mal, et ne durent pas aussi longtemps.
Les sources divergent sur le sens du mot, qui n’a pas de définition médicale unique. Pour l’Assurance maladie, la crise est une poussée congestive des hémorroïdes internes 1. Pour les proctologues de la Société nationale française de colo-proctologie (SNFCP), les crises « fluxionnaires » touchent les hémorroïdes externes et peuvent aller jusqu’à la thrombose 4. La SNFCP appelle la thrombose une manifestation aiguë de la maladie hémorroïdaire, dans une page intitulée « Thrombose (ou crise) hémorroïdaire » 3.
Ce qu’il faut en retenir. Le mot « crise » ne dit pas à lui seul ce que vous avez : ce sont les signes, douleur, boule, saignement ou démangeaisons, qui orientent, comme la suite de cette page le décrit. Cette lecture est celle de ce site.
Reconnaître une crise : ce que vous ressentez
La poussée donne une sensation de chaleur, de gonflement et de pesanteur à l’anus 1. La douleur augmente à la selle ou à l’effort, et se calme en position allongée 1. Elle peut s’accompagner de saignements et d’une sortie des hémorroïdes internes 1.
La thrombose : un caillot s’est formé. Le plus souvent, la douleur est très vive et apparaît d’un coup, en même temps qu’une boule plus ou moins dure 3. À l’entrée de l’anus, cette boule est bleutée 1. Plus rarement, elle ne fait pas mal 3. Le caillot ne migre jamais ailleurs dans le corps 3.
Interne ou externe : tout tient à ce qui les recouvre. Les hémorroïdes internes sont tapissées d’une muqueuse qui ne sent ni le toucher ni la douleur 2. Les externes sont couvertes d’une peau très sensible 2. Une hémorroïde interne se manifeste donc plutôt par du sang rouge dans ou après les selles 1. Ce saignement est en général indolore 5. Cette hémorroïde peut aussi sortir, de temps en temps ou en permanence, sans douleur non plus 5.
| Ce que vous ressentez | Ce que c’est probablement | Combien de temps |
|---|---|---|
| Chaleur, gonflement, pesanteur ; ça fait mal à la selle, ça se calme allongé | Une poussée 1 | 2 à 4 jours 1 |
| Une boule dure, apparue d’un coup, très douloureuse | Une thrombose 3 | Douleur en général en grande partie passée en 4 ou 5 jours 2. Boule partie en plusieurs semaines 3 |
| Du sang rouge à la selle, sans douleur | Une hémorroïde interne qui saigne 5 | Le saignement s’arrête quand l’anus se referme 1 |
| Une boule qui sort, sans douleur | Une hémorroïde interne qui sort 5 | Selon le stade : voir la page sur les hémorroïdes internes |
| Des démangeaisons, sans douleur ni boule | Rarement les hémorroïdes seules 6 | Le plus souvent un peu soulagées en une semaine 7 |
| Une douleur de déchirure au passage des selles, qui dure des heures | Plutôt une fissure 8 | Revient à chaque selle 8 |
| Une douleur permanente qui empêche de dormir, une boule qui grossit | Un abcès, à faire voir en urgence 8 | — |
Combien de temps dure une crise hémorroïdaire ?
Sans caillot, une poussée fait mal 2 à 4 jours 1. La fiche d’enseignement des proctologues donne la même durée 6. La plupart des crises passent d’elles-mêmes en quelques jours 1.
Avec un caillot, la thrombose suit un autre calendrier :
- La douleur est souvent au plus fort 48 à 72 heures après le début 2.
- Elle est en général en grande partie passée au bout de 4 ou 5 jours 2.
- L’œdème part en 3 ou 4 jours 3.
- Le caillot met 2 à 6 semaines à disparaître 3.
Après la crise, des tiraillements, des brûlures et des démangeaisons peuvent persister 1. Une thrombose peut aussi laisser un petit relief de peau, la marisque 3.
Si les symptômes ne disparaissent pas en quelques jours, faites-vous examiner par votre médecin traitant 9.
Les sources divergent sur la durée d’une thrombose. Dans une autre page, la SNFCP parle de 2 à 3 semaines en moyenne 5. La fiche d’enseignement des proctologues donne une guérison en 5 à 15 jours 6. Dans une série de 231 personnes, les symptômes d’une thrombose externe duraient 24 jours en moyenne quand elle n’était pas opérée 10.
Ce qu’il faut en retenir. Ces chiffres ne se contredisent pas forcément : les plus courts semblent décrire la douleur, les plus longs la boule. Aucune de ces sources ne l’écrit ainsi. Cette lecture est celle de ce site.
Démangeaisons : rarement les hémorroïdes seules
Des démangeaisons isolées ne sont pas un symptôme hémorroïdaire classique 6. Beaucoup de sites les donnent pourtant comme le signe typique d’une crise.
Quand les hémorroïdes démangent, c’est en particulier lorsqu’une hémorroïde interne sort en permanence : elle provoque alors suintements, brûlures et démangeaisons 1. Le tissu qui sort peut irriter la peau autour de l’anus 2.
Les démangeaisons ont bien d’autres causes :
- Des maladies de l’anus : incontinence, hémorroïdes suintantes, fistule, condylomes 11.
- Des maladies de la peau : psoriasis, mycose, eczéma 11.
- Des vers intestinaux, les oxyures, surtout chez l’enfant 12.
La plupart du temps, pourtant, la cause reste inconnue 11. Pour l’Assurance maladie, elle n’est retrouvée qu’une fois sur deux 12. Ces démangeaisons touchent quatre fois plus les hommes que les femmes 11.
Ce qui les entretient. Des démangeaisons peuvent suivre l’usage de suppositoires ou de pommades 12. Le grattage irrite la peau, qui démange encore plus 12. Ce cercle vicieux fait durer les démangeaisons alors même que leur cause a disparu 12.
Vous appliquez depuis des semaines une crème contre les hémorroïdes, pour des démangeaisons sans douleur ni boule ? La crème elle-même peut faire partie du problème 12.
Les chirurgiens américains citent aussi des aliments associés aux démangeaisons de l’anus : café, thé, boissons gazeuses, bière, vin, laitages, chocolat, noix, tomates 7. « Associés » ne veut pas dire « responsables » : c’est un lien observé.
Un indice : si ça gratte surtout le soir, et parfois la nuit, c’est plutôt un problème de peau 8.
La plupart des gens sont un peu soulagés en une semaine 7. Si les démangeaisons persistent au-delà de 6 semaines, revoyez votre médecin 7. Les récidives sont fréquentes 11.
Ce qui déclenche une crise : peu de facteurs démontrés
Beaucoup de facteurs ont été proposés, mais très peu ont été étudiés assez pour être mis en cause avec certitude 5. Une enquête française a comparé plus de 1 000 personnes en crise à des patients venus pour autre chose 13. Le premier facteur associé à une crise était d’avoir déjà eu des symptômes hémorroïdaires 13. Dans les deux semaines précédentes, un repas épicé, une constipation, un effort physique ou de l’alcool inhabituels étaient plus fréquents 13.
Une diarrhée peut aussi déclencher une crise 1. Chez la femme, les crises sont plus marquées juste avant les règles 6. Le stress, la fatigue, le poids et le reste sont passés au crible sur la page consacrée aux causes.
Une crise, ça revient ?
Oui, souvent : les crises ont tendance à revenir 1. Une synthèse des essais publiés (revue Cochrane), citée par la SNFCP, montre que les fibres réduisent d’environ 50 % les saignements et le risque de nouvelle crise 4. Elles n’ont pas montré d’effet sur la douleur ni sur les démangeaisons 4. Il n’existe pas de traitement préventif des thromboses 3.
Une recherche dans PubMed, la base des publications médicales, n’a trouvé sur la récidive des crises que des essais de traitement (septembre 2026). Pour la thrombose externe, la série de 231 personnes donne des chiffres : 44,5 % en avaient déjà fait une 10. Parmi celles qui n’avaient pas été opérées, 25,4 % ont récidivé 10. Chez elles, la récidive venait au bout de 7,1 mois en moyenne 10.
Ce qui ressemble à une crise sans en être une
Aucun symptôme ne signe à coup sûr des hémorroïdes : d’autres maladies de l’anus ou de l’intestin peuvent donner des signes identiques 5. Les proctologues demandent de ne pas confondre une thrombose avec un abcès, une fissure, une marisque ou une tumeur 3.
L’abcès est le piège. La douleur est permanente, elle bat comme un pouls, empêche de dormir, et ne dépend pas des selles 14. C’est une urgence 8. Pris pour une crise, il est parfois traité par anti-inflammatoires, qui aggravent l’infection 14. Avec une douleur intense et plus de 38 °C de fièvre, consultez dès que possible 9.
La fissure fait mal au passage des selles, comme une déchirure, et la douleur peut durer des heures 8.
Le cancer de l’anus existe 8. Une boule dure qui grossit depuis plusieurs semaines ou plusieurs mois doit donc être montrée à un médecin 8.